Bokito : un outil d’évaluation ministériel éprouvé en conditions réelles dans la forêt communale

L’équipe de mission conjointe PGIP-GM – MINFOF dans l’assiette annuelle de coupe 1-4 de la forêt communale de Bokito, juillet 2026. © PGIP-GM 

Du 20 au 25 juillet 2026, une mission conjointe PGIP-GM et MINFOF a testé, dans la forêt communale de Bokito, la nouvelle grille d'évaluation des normes d'intervention en milieu forestier. L'exercice débouche sur un plan d'amélioration en cinq axes, assorti d'échéances et de responsabilités.

Le paysage du Grand Mbam est une zone de transition éco-floristique, exposée aux dynamiques de dégradation forestière, d’avancée de la savane et de conversion des terres. Dans cet ensemble, les forêts communales occupent une position singulière : composantes du domaine forestier permanent placées sous responsabilité décentralisée, elles sont l’un des rares espaces où une économie forestière à faibles émissions peut être démontrée à l’échelle d’une commune.

Encore faut-il que les opérations conduites sur le terrain correspondent au cadre technique qui les régit. Les Normes d’intervention en milieu forestier  (NIMF)  constituent ce référentiel : elles encadrent les pistes de débardage, le franchissement des cours d’eau, la préservation de la régénération naturelle, la protection de la faune et des milieux sensibles, la sécurité au travail et les relations avec les communautés riveraines.

Un outil ministériel qu'il fallait éprouver

Le MINFOF a récemment développé une nouvelle grille d’évaluation des NIMF. Conçue pour standardiser le contrôle de conformité et objectiver la notation des performances de terrain, elle compte soixante-treize indicateurs répartis en principes d’intervention.

Un outil de cette nature ne se valide pas en salle. Il se valide en forêt, sur un chantier réel, avec les acteurs qui devront s’en servir. C’est le sens de la mission conduite du 20 au 25 juillet 2026 dans l’Assiette Annuelle de Coupe 1-4 de la forêt communale de Bokito, un massif de 34 922 hectares situé dans le département du Mbam-et-Inoubou.

L’exercice poursuivait donc deux objectifs simultanés. Le premier concerne l’outil lui-même : apprécier son applicabilité, sa lisibilité et son interprétabilité par les différentes parties prenantes. Le second concerne le site : établir un état des lieux précis des pratiques en cours et en déduire des mesures correctives réalistes. À ces deux objectifs s’ajoute un troisième, moins visible mais tout aussi structurant — le transfert de compétences aux équipes communales et aux services déconcentrés du MINFOF appelés à utiliser la grille par la suite.

Ce qu'est un diagnostic à blanc

La mission de Bokito est un exercice de test et d'accompagnement, non une opération de contrôle assortie de sanctions.

— Elle vise d'abord à éprouver un outil ministériel nouveau, en identifiant ce qui fonctionne et ce qui doit être ajusté avant sa généralisation.

— Elle établit une situation de référence à un instant donné, qui servira à mesurer les progrès accomplis dans les exercices suivants.

— Elle produit un plan d'action partagé, construit avec la commune, l'exploitant et les services forestiers, et non un constat imposé de l'extérieur.

La collaboration de la Mairie de Bokito et de l'entreprise forestière intervenant sur le site, qui ont ouvert leurs documents et leurs chantiers à l'équipe, a été une condition de la qualité du diagnostic.

Une mission préparée par les voies institutionnelles

La composition de l’équipe n’a pas été improvisée. Par lettre du 10 juillet 2026, le Coordonnateur du PGIP-GM a sollicité auprès du Ministre des Forêts et de la Faune un appui technique pour la mission, en précisant les profils recherchés. Le MINFOF y a répondu le 17 juillet 2026 en désignant nommément cinq responsables issus de ses services centraux et déconcentrés.

Cette séquence, courte et documentée, explique la qualité de la couverture obtenue : chaque famille de compétences nécessaire à l’évaluation était représentée sur le terrain, et chaque service concerné a pu s’approprier l’outil directement, sans intermédiaire.

Les structures représentées dans l'équipe de mission

▪  MINFOF — Direction des Forêts, dont le point focal du projet, chef de mission et le service des Normes.

▪  MINFOF — Direction de la Faune et des Aires protégées, à travers son point focal du projet.

▪  MINFOF — Délégation Régionale des Forêts et de la Faune du Centre, Service Régional des Forêts.

▪  MINFOF — Poste de Contrôle Forestier et de Chasse de Bokito.

▪  Commune — Responsable des opérations forestières de la Commune de Bokito.

▪  PGIP-GM — Expert en foresterie du projet

▪  Exploitant — Direction des Forêts et chef d'exploitation de l'entreprise; VERA, partenaire de la commune de Bokito dans le cadre de l'exploitation de la Forêt Communale.

Une méthode construite pour la couverture des enjeux, non pour l'exhaustivité

Le temps de terrain étant limité, l’équipe a fait un choix méthodologique explicite plutôt que de tenter une couverture uniforme. Elle s’est scindée en deux, et les indicateurs ont été répartis de manière à garantir l’évaluation de la totalité des indicateurs susceptibles de générer une non-conformité majeure, et de près de 84 % de ceux susceptibles de générer une non-conformité mineure.

La première équipe a traité les relations avec les communautés riveraines, la protection de la faune et des milieux sensibles, la protection des rives des plans d’eau et l’exploitation forestière proprement dite. La seconde a traité la planification, le tracé et la construction des routes forestières, les mesures de sécurité, ainsi que les opérations post-exploitation, la régénération naturelle assistée et le reboisement.

Le choix des sites s’est fait à deux niveaux. Au niveau macro, les services déconcentrés du MINFOF ont identifié le bloc dans lequel la mission devait se déployer ; au niveau micro, l’équipe a ciblé l’assiette annuelle de coupe et les unités de comptage. Cette double détermination évite deux écueils symétriques : le site choisi par le seul évaluateur, et le site choisi par le seul évalué.

La collecte a combiné revue documentaire — plan d’aménagement, plan annuel d’opération, cartes d’inventaire d’exploitation, rapports — remise sur la base d’une liste de pièces communiquée dès la réunion d’ouverture, et données primaires recueillies en forêt : observations directes, mensurations au décamètre, relevés GPS des pistes de débardage, entretiens avec les Comités paysans-forêt riverains et avec les responsables de l’entreprise exploitante.

Ce que le diagnostic établit

Premier enseignement, qui porte sur l’outil : sur les soixante-treize indicateurs de la grille, seize se sont révélés non adaptés au contexte spécifique de l’assiette évaluée. Cinquante-sept indicateurs ont donc été effectivement évalués. Ce résultat n’est pas un défaut de la grille ; il indique qu’un référentiel national doit prévoir une étape de contextualisation en fonction du type de titre, de la taille du chantier et des caractéristiques du massif. C’est une contribution directe à l’amélioration de l’instrument ministériel.

Deuxième enseignement, sur le site : quarante-huit écarts ont été documentés, avec pour chacun une preuve objective — photographie, mesure, point GPS ou pièce documentaire. Cette matière constitue le socle du plan de mise en conformité.

Troisième enseignement, le plus utile : ces écarts ne sont pas dispersés. Ils se rattachent à trois causes structurelles — la méthodologie suivie pour la rédaction du plan d’aménagement, le degré d’application des prescriptions de ce plan une fois validé, et le niveau de connaissance des textes régissant l’exploitation et la gestion durable des ressources forestières. Une part importante des écarts relève ainsi de la planification et de la documentation, c’est-à-dire de domaines où la correction est rapide et peu coûteuse dès lors que l’appui technique est disponible.

Le plan d’amélioration : cinq axes d’intervention

Chaque activité du plan est assortie d’une échéance et d’une observation justifiant sa priorité.

▪  Axe 1 · Gouvernance et droits des communautés riveraines — Actualisation de la cartographie socio-spatiale des communautés, production d’une carte participative intégrant les ressources communautaires, réunions d’information systématiques avant chaque ouverture de chantier, procédure formalisée de gestion des conflits et plateforme permanente de concertation avec les Comités paysans-forêt.

▪  Axe 2 · Aménagement forestier — Révision du plan de gestion quinquennal et du plan d’aménagement, inventaire d’exploitation annuel par assiette, rafraîchissement et matérialisation des limites, restauration forestière, installation d’une pépinière et suivi permanent de la régénération naturelle.

▪  Axe 3 · Renforcement des capacités — Formations à l’exploitation forestière à impact réduit, aux techniques d’abattage, à l’utilisation des outils d’exploitation et à la cartographie participative ; renforcement des organes de gestion communautaire.

▪  Axe 4 · Planification technique de l’exploitation — Production systématique de cartes d’exploitation conformes, intégration des ressources sensibles dans la planification, gestion des déchets, renforcement des ponts forestiers, désignation d’un responsable hygiène-sécurité-environnement et dotation des travailleurs en équipements de protection.

▪  Axe 5 · Engagements sociaux — Suivi documenté des engagements pris envers les villages riverains — santé, eau, électrification, désenclavement, équipements collectifs — et mise en place des organes de gestion au sein des communautés pour la signature des Accords de Gestion Durable (AGD) et du comité communal chargé d’en assurer le suivi.

Un calendrier qui ouvre une fenêtre favorable

La mission intervient à un moment propice. Le premier bloc quinquennal de la forêt communale arrive à expiration au cours de l’exercice, et l’exploitation du bloc suivant est conditionnée par la rédaction d’un plan de gestion quinquennal approuvé par le MINFOF. Le plan d’aménagement lui-même doit être révisé.

Autrement dit, la commune se trouve à l’entrée d’un cycle de planification, et non au milieu. Les recommandations issues du diagnostic — cartographie participative, documentation des sites d’intérêt biophysique et social, prescriptions sylvicoles, dispositif de suivi de la régénération — peuvent donc être intégrées directement dans les documents de gestion en cours de révision, plutôt que d’être ajoutées après coup à un dispositif figé. C’est la différence entre corriger et concevoir.

Plusieurs activités du plan sont par ailleurs qualifiées de continues : surveillance appuyée de la cellule de foresterie communale, partenariats avec les institutions de recherche, organisation des filières locales de produits forestiers non ligneux, association des communautés aux activités de valorisation. Elles dessinent un régime de gestion permanent plutôt qu’une série d’opérations ponctuelles.

Indicateur Valeur Portée
Période de la mission 20 au 25 juillet 2026 Assiette annuelle de coupe 1-4, forêt communale de Bokito
Superficie de la forêt communale 34 922 ha Domaine forestier permanent, département du Mbam-et-Inoubou
Indicateurs de la grille NIMF 73 Référentiel ministériel testé pour la première fois en conditions réelles
Indicateurs effectivement évalués 57 16 indicateurs non adaptés au contexte de l’assiette évaluée
Couverture des indicateurs à enjeu majeur 100 % Objectif méthodologique de la mission, atteint
Écarts documentés 48 Chacun assorti d’une preuve objective ; base du plan de mise en conformité
Axes du plan d’amélioration 05 Gouvernance, aménagement, capacités, planification technique, engagements sociaux
Structures représentées dans l’équipe 07 MINFOF (4 entités), Commune de Bokito, PGIP-GM, entreprise exploitante

Ce que la mission laisse derrière elle

Trois acquis, au-delà du rapport. Un instrument national mieux calibré, enrichi des retours d’un premier usage en conditions réelles. Une commune dotée d’une feuille de route hiérarchisée, dont les premières échéances coïncident avec la révision de ses documents de gestion. Et un noyau d’agents — services centraux et déconcentrés du MINFOF, cellule communale de foresterie — désormais formés à l’utilisation de la grille et capables de reconduire l’exercice sans appui extérieur.

C’est cette capacité de reconduction qui déterminera l’effet réel de la mission. Un diagnostic ne change rien par lui-même ; il vaut par la régularité avec laquelle il est refait.

Renforcement de la gouvernance forestière à Bokito, étape par étape

   10 juillet 2026 — Demande d’appui technique adressée au MINFOF par le Coordonnateur du PGIP-GM

   17 juillet 2026 — Désignation par le MINFOF des cinq responsables devant appuyer la mission

▶  20 au 25 juillet 2026 — Mission d’évaluation de la mise en œuvre des NIMF dans l’AAC 1-4

   Second semestre 2026 — Restitution des résultats et engagement du plan de mise en conformité

   Décembre 2026 – février 2027 — Révision du plan de gestion quinquennal et cartographie participative

   Mars 2027 — Révision du plan d’aménagement de la forêt communale

Traçabilité de l’activité

Axe Axe 5 — Gestion collaborative et durable des forêts
Produit correspondant Produit 5 du cadre logique — Gestion durable des ressources forestières
Objet de la mission Évaluation de la mise en œuvre des Normes d’intervention en milieu forestier dans la forêt communale de Bokito, à l’aide de la nouvelle grille ministérielle
Période 20 au 25 juillet 2026
Base institutionnelle Lettre n°0034/2026/PGIP-GM du 10 juillet 2026 du Coordonnateur du projet · Lettre n°3770 du 17 juillet 2026 du MINFOF portant désignation des responsables d’appui technique
Référence de financement Coopération financière allemande avec le Cameroun — numéro de référence KfW 59955
Périmètre évalué Assiette annuelle de coupe 1-4, blocs partagés entre les arrondissements de Bokito et de Nitoukou
Livrables Diagnostic de conformité documenté (48 écarts avec preuves objectives) · Plan d’amélioration en cinq axes assorti d’échéances · Retours d’expérience sur l’applicabilité de la grille ministérielle
Référence documentaire Rapport de mission d’évaluation de la mise en œuvre des NIMF dans la forêt communale de Bokito, juillet 2026

Le PGIP-GM en bref

Intitulé — Projet de Gestion Intégrée du Paysage du Grand Mbam (PGIP-GM)

Durée — 48 mois, de septembre 2025 à août 2029

Financement — 20 millions de dollars américains, fonds fiduciaire CAFI, via la KfW

Maîtrise d’ouvrage — MINEPAT, avec l’appui de GFA Consulting Group

Zone d’intervention — Paysage du Grand Mbam (3,3 millions d’hectares), départements du Mbam-et-Inoubou et du Mbam-et-Kim, région du Centre, Cameroun

Communes pilotes — Yoko, Ngambé-Tikar, Mbangassina, Bokito

Six axes — aménagement durable du territoire · PSE et gestion participative · intensification agricole durable · désenclavement et infrastructures rurales · gestion collaborative et durable des forêts · sauvegarde, genre et mise à l'échelle

Mots-clés : NIMF · forêt communale · Bokito · MINFOF · aménagement forestier · gouvernance forestière · CAFI

Crédits iconographiques : PGIP-GM / Unité de Gestion du Projet, juillet 2026.

Sources : Rapport de mission d'évaluation de la mise en œuvre des Normes d'intervention en milieu forestier dans la forêt communale de Bokito (20-25 juillet 2026) ; lettre n°0034/2026/PGIP-GM du 10 juillet 2026 ; lettre n°3770/MINFOF du 17 juillet 2026.

Article rédigé par Stella KONGA, Responsable Communication du PGIP-GM.

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