Mbangassina : le PGIP-GM face à un cluster unique et à des mutations forestières spectaculaires

Les participants à l’atelier de lancement communal du PGIP-GM, hôtel de ville de Mbangassina, 11 et 12 juin 2026. © PGIP-GM

Les 11 et 12 juin 2026, la commune de Mbangassina a accueilli le troisième atelier communal du PGIP-GM. Les participants y ont remis en question le découpage territorial initial et pris la mesure d’une décennie de bouleversements : +318 % de zones de culture entre 2015 et 2025.

La commune de Mbangassina a accueilli, les 11 et 12 juin 2026, l’atelier de lancement communal du Projet de Gestion Intégrée du Paysage du Grand Mbam (PGIP-GM), troisième étape du déploiement local du projet après Yoko et Ngambé-Tikar. La cérémonie d’ouverture, tenue à l’hôtel de ville, a réuni l’exécutif municipal, les autorités traditionnelles, les services déconcentrés de l’État, les organisations de producteurs et la société civile, autour d’un objectif commun : engager la mise en œuvre opérationnelle du projet et établir la situation de référence locale.

Un territoire pris entre conflits agro-pastoraux et enclavement

Le Maire de Mbangassina, M. Bernard MBOENE, a ouvert les travaux en saluant le choix de sa commune comme zone pilote, tout en rappelant deux défis structurels majeurs : la persistance de conflits agro-pastoraux complexes entre éleveurs et agriculteurs, et un enclavement prononcé qui paralyse l’évacuation des récoltes depuis les principaux bassins de production. Il a toutefois vu dans le développement des activités agroforestières et la séquestration du carbone une opportunité historique de diversifier les sources de financement de la commune, notamment par le biais des crédits carbone.

Le Coordonnateur national du PGIP-GM, le Dr Saïdou HAMADOU, a inscrit l’action du projet dans la continuité de la SND30 et rappelé les quatre piliers méthodologiques de l’intervention : planification territoriale concertée, découpage spatial en clusters, Accords de Gestion Durable (AGD) et Paiements pour Services Environnementaux (PSE). Le Sous-Préfet de l’arrondissement, M. Jean-Faustin BENGONO, a pour sa part qualifié le PGIP-GM de véritable levier d’espoir face aux défis multidimensionnels de sa circonscription.

La cérémonie d’ouverture de l’atelier communal de Mbangassina, 11 juin 2026. © PGIP-GM

Le Grand Mbam : un paysage partagé entre quatre communes pilotes

Le paysage du Grand Mbam constitue un corridor écologique majeur de transition entre le bassin forestier du Congo et les savanes de l’Adamaoua. Il compte deux aires protégées (Mbam et Djerem, Mpem et Djim), neuf unités forestières d’aménagement, quatre forêts communales et 64 forêts communautaires. Le déploiement du PGIP-GM, financé par la KfW à hauteur de 20 millions de dollars sur 48 mois (septembre 2025 – août 2029), s’y concentre sur quatre communes pilotes : Yoko, Ngambé-Tikar, Mbangassina et Bokito.

Interview du Coordonateur du projet, Mbangassina, juin 2026. © PGIP-GM

Le Cluster n°1 : 48 449 hectares au cœur du bassin de la Sanaga

Dans sa configuration initiale, l’unité territoriale pilote retenue pour Mbangassina — le Cluster n°1 — s’étend sur 48 449 hectares et englobe la réserve forestière de Bafia (6 043 ha) ainsi que quinze localités, dont le chef-lieu Mbangassina et les villages de Biatangana, Nyamballa, Biahongo, Goura, Biakoa, Bindamongo, Talba, Mpi-Eyamvouni, Tchamongo, Teate, Teate-Ebina, Etamyat-Bitorno, Ngocke et Voundou. La majeure partie de ce cluster se situe dans le bassin versant et les affluents directs du fleuve Sanaga, lui conférant un rôle hydrologique stratégique, ses limites suivant les cours des rivières Denua, Djim, Mbam et Moamé.

Figure 1 — Cluster n°1 Mbangassina : délimitation géographique et hydrographique de l’unité territoriale pilote. © PGIP-GM / Unité SIG, juin 2026

Une décennie de recul forestier, chiffres à l’appui

L’analyse comparative de l’occupation du sol entre 2015 et 2025 a révélé des mutations environnementales profondes. Les forêts secondaires, principal réservoir forestier de la commune, sont passées de 39 745 à 36 292 hectares, soit une perte de 3 454 hectares en dix ans. À l’inverse, les zones de culture ont littéralement explosé, passant de 1 188 à 4 974 hectares (+318 %), tandis que la mosaïque agroforêt et les prairies progressaient également.

Situation en 2015
Situation en 2025

Figure 2 — Occupation des sols de la commune de Mbangassina en 2015 (à gauche) et en 2025 (à droite) : analyse comparative.  © PGIP-GM / Unité SIG, juin 2026

La cartographie des alertes de déforestation enregistrées entre 2019 et 2025 montre une corrélation nette entre les infrastructures de transport et la dégradation des forêts, les villages de Voundou, Ngocke, Teate, Teate-Ebina, Tchamongo et Bindamongo apparaissant comme des fronts actifs de déforestation.

Face à cette pression, les inventaires cartographiques ont permis d’identifier et de sanctuariser deux blocs résiduels de Forêts de Grande Valeur à haut stock de Carbone (FGV-C), totalisant 849 hectares : le bloc de Mpi-Eyambouni (527 ha), localisé sur le Mont Nolanga à 816 mètres d’altitude, qui abrite les têtes de source des rivières Nyindi, Loko et Ongourou ; et le bloc de Teate-Ebina (322 ha), qui coiffe la colline de Tame et régule les cours d’eau Denua et Moamé.

Figure 3 — Blocs de Forêts de Grande Valeur à haut stock de Carbone (FGV-C) identifiés à Mbangassina. © PGIP-GM / Unité SIG, juin 2026

Un cluster unique jugé trop vaste par les participants

Les travaux de groupe consacrés à la validation des clusters ont abouti à une remise en question du découpage initial. Les participants ont estimé qu’un cluster unique de 48 449 hectares ne serait ni fonctionnel ni réaliste, compte tenu des distances, des difficultés d’accès et de l’hétérogénéité des milieux entre zones de savane, zones forestières et zones de transition. Un consensus s’est dégagé pour subdiviser la commune en trois grands ensembles : une zone Ouest de savane (manioc, cacao, igname, palmier à huile), une zone centrale de transition, et une zone Est à dominante forestière et cacaoyère, où la déforestation liée à l’expansion du cacao est jugée particulièrement préoccupante.

« Un cluster ne doit pas être uniquement un espace géographique, mais aussi une unité de travail opérationnelle. »

— Travaux de groupe, atelier de Mbangassina
Photo des Participants à l'atelier communal, Mbangassina, juin 2026. © PGIP-GM
Indicateur Valeur Portée
Superficie du Cluster n°1 48 449 ha Unité territoriale pilote (configuration initiale)
Villages du cluster 15 Dont le chef-lieu Mbangassina
Ménages recensés ~16 660 Sur 27 villages de la commune
Perte de forêt secondaire 3 454 ha Entre 2015 et 2025
Extension des zones de culture +318 % De 1 188 ha à 4 974 ha (2015-2025)
Blocs FGV-C identifiés 849 ha Mpi-Eyambouni (527 ha) et Teate-Ebina (322 ha)
Revenu agricole moyen / ménage ~1,53 M FCFA/an Cacao, manioc, igname, maïs
Axes routiers prioritaires 6 Tous jugés difficiles à impraticables

Six axes routiers prioritaires pour désenclaver les bassins de production

Le diagnostic des infrastructures a mis en évidence une situation de délabrement avancé : les six axes routiers prioritaires identifiés par les participants sont tous jugés difficiles à impraticables selon les saisons, entravant l’écoulement du cacao, de l’igname et du maïs. La commune dispose de 73 magasins de stockage en état moyen, mais d’une seule unité de transformation fonctionnelle (manioc) et d’aucun séchoir — un centre de traitement moderne des fèves de cacao, pourtant construit dans la localité, demeure inactif à ce jour.

Les échanges ont également porté sur le potentiel du marché du carbone lié au cacao, moteur économique de la commune, perçu comme une opportunité de diversifier les sources de financement communal, ainsi que sur la nécessité d’associer plus étroitement les organisations de la société civile à la mise en œuvre du projet, au-delà d’un simple rôle d’observation.

Prochaine étape : Bokito

L’atelier s’est conclu sur l’adoption d’un communiqué final et d’une feuille de route opérationnelle, les autorités saluant la contribution active de l’ensemble des parties prenantes. La commune de Bokito accueillera le quatrième et dernier atelier communal du cycle, avant l’engagement des investissements concrets sur le terrain.

Le déploiement du PGIP-GM, étape par étape

▪  Lancement national — Yaoundé, 20 février 2026

▪  Atelier communal 1 — Yoko, 25 mars 2026

▪  Atelier communal 2 — Ngambé-Tikar, 4 et 5 juin 2026

▶  Atelier communal 3 — Mbangassina, 11 et 12 juin 2026

▪  Atelier communal 4 — Bokito, 15 et 16 juin 2026

Mots-clés : PGIP-GM · Grand Mbam · Mbangassina · Mbam-et-Kim · CAFI · KfW · GFA · MINEPAT · clusters · FGV-C · déforestation · crédits carbone · cacao · désenclavement · Cameroun

Crédits iconographiques : Cartographie © PGIP-GM / Unité SIG. Photographies © PGIP-GM.

Sources : Rapport de l’atelier de lancement du PGIP-GM à Mbangassina, 11-12 juin 2026 (Unité de Gestion du Projet, juin 2026).

Article rédigé par Stella KONGA, Responsable Communication du PGIP-GM — 18 juin 2026.

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